Enfant, puis adolescent (cela voudrait-il dire qu’aujourd’hui je suis un homme ? Ca me fait peur d’un coup), j’attendais toujours avec impatience la rentrée des classes. Une petite pointe d’appréhension venait bien sûr noircir quelque peu le tableau.
Sur quel(s) prof(s) vais-je tomber ? Je me souviens avoir fait des cauchemars tout l’été tellement j’avais peur d’avoir Mr Herpin comme professeur en CM2. Un très bon professeur mais il avait un problème d’élocution qui le faisait s’exprimer comme s’il avait une patate chaude dans la bouche en permanence. Jamais je n’ai jamais compris ce qu’il disait pas même lorsqu’il me découvrit enfermé dans les toilettes avec un camarade…
Qui sera dans ma classe ? Mes amis que je connais depuis la maternelle ou ceux de la sixième D qui se la pètent parce que papa et maman ont leur cabinet sur Valenciennes ?
C’en est fini pour les appréhensions. Je n’avais pas peur d’avoir trop de travail ou d’avoir de mauvaises notes. C’était impossible, j’aimais travailler, et ma mère ne me laissait pas d’autres choix, le travail c’est la réussite assurée. Je partais toujours confiant pour l’année à venir, si je n’étais pas le meilleur, je savais que l’échec n’était pas pour moi.
Impatience car je savais que j’allais passer des heures entières dans les magasins avec ma mère pour acheter mes fournitures. Cahiers, classeurs, stylos, pochettes plastifiées… Même s’il m’en restait encore de l’année dernière, et il m’en restait toujours, il fallait absolument que nous allions en acheter. C’était un rituel inaltérable et vital à toute bonne rentrée scolaire.
Mais plus que tout, cette période de l’année était synonyme de nouvelle garde robe. Mes parents n’étaient pas riches, loin de là, mais avant chaque rentrée j’étais rhabillé de la tête aux pieds pour l’hiver. Les deux premières semaines de classe, c’était le grand défilé. Seuls les vêtements neufs devaient être portés.
Je me vois encore sur le chemin de l’école, je devais avoir dans les cinq ans, à n’avoir d’yeux que pour mes nouvelles chaussures bleues marines. J’ai cette vision très nette dans ma tête. J’avance sur un chemin que je pourrais faire aujourd’hui encore les yeux fermés tellement je l’ai parcouru, et je ne vois que ces chaussures toutes neuves. Il pleuvait ce jour là et entrant dans la classe, nous devions enlever nos chaussures. Mes petites chaussettes blanches étaient devenues bleues les chaussures ayant déteintes. Et tous mes camarades regardaient mes pieds, ahuris. J’avais des chaussures magiques ! Pour eux, du moins, elles étaient magiques. Moi, je savais que c’était simplement à cause de la pluie, ma mère n’ayant pas arrêté de pester à ce propos sur le chemin. Mais j’ai préféré leur laisser croire qu’elles étaient magiques.
Cette tradition a pris fin le jour de mon entrée en fac. Maman était loin et bien trop occupé avec mon père mourrant.
Trois ans que j’achète le peu de fournitures nécessaires pour les cours, seul. Quant à s’acheter de nouvelles fringues, et surtout de nouvelles chaussures, il ne faut même pas y penser.
Cela sera seulement pour le premier versement du CROUS. Et seulement s’ils sont généreux.
En attendant, je repère çà et là ce qui pourrait faire de ma rentrée autre chose qu’un moment me crachant à la figure que je ne suis plus un enfant.
Cela fera bientôt trois semaines que je suis séparé de ma moitié. Vous y trouverez peut-être l’explication de mon humeur… maussade dirons-nous. Si seulement…
Soit. Nous ne sommes pas réellement séparés étant donné qu’il n’est qu’à une demie heure de métro de notre cocon.
Ses parents étant partis au soleil, on lui confia la lourde tâche de surveiller la maison pendant leur absence mais surtout de prendre soin des diverses bestioles laissées par sa sœur. Et je ne parle pas de morpions.
Donc, j’ai fais et je continue de faire la navette pour le rejoindre le temps d’une nuit, un jour sur deux, parfois plus, parfois moins. Une simple et courte nuit car Monsieur Chat est à l’appartement et c’est à moi de m’occuper de sa vénérable personne (saloperie !).
Dimanche, mon homme tout à moi et rentrera enfin au bercail.
De ses trois semaines, je retiens que plus jamais, oh ça non plus jamais, je ne le laisserai accepter de s’occuper de cette baraque et des peuplades y vivant pendant trois semaines.
Je sais également que l’on peut se nourrir uniquement de fricadelles et de lait chocolaté sans prendre un seul gramme. Il pourra témoigner…
J’ai hâte qu’il rentre pour lui faire manger autre chose et retrouver une alimentation un temps soit peu équilibré.
Me concernant, tout ce temps passé dans ce métro étouffant avec tous ces gens se plaisant à décharger leurs odeurs corporelles sur mes vêtements et à marcher sur mes toutes nouvelles chaussures blanches, m’a permis de replonger un peu dans les bouquins que les examens m’avaient fait oublier.
Il y a quelques jours, tandis que la cohue se rue vers les portes menant sur les quais de la station Lille Flandres, j’en profite pour m’asseoir. Une seconde cohue prend alors d’assaut la rame en espérant une trop rare place assise.
Pas mécontent et conscient d’avoir le privilège d’être assis pendant les vingt prochaines minutes, je farfouille dans mon sac à la recherche du précieux bouquin que je lis pour la seconde fois, un des rares livres de Fantasy que j’aie lu.
Mon sac est minuscule et il y a pourtant tellement de trucs et de bidules dedans… Et je dois faire attention de ne pas donner des coups de coude à la mamie sur ma droite et à la grosse black sur ma gauche. Je tâtonne, je palpe et finis par trouver l’objet tant désiré. Je le sors brusquement, victorieux ! Mais pas pour longtemps…
Je sens quelque chose glisser le long de ma main, puis du sac, rebondir sur mes genoux et enfin finir à terre dans un grand claquement.
Tout le monde se tourne vers moi pour regarder à mes pieds et connaître l’origine de ce bruit venant rompre le doux ronronnement du métro lillois.
Le bruit est de plus en plus insistant, le flacon ne cessant de rouler à cause des mouvements de la rame. Et c’est à cet instant que je lis sur cet enquiquineur : VASELINE.
Ma bouche a certainement due former un grand « O » étouffant un petit cri avant de voir mes joues s’empourprer devant le regard amusé de beaucoup, beaucoup, beaucoup trop de personnes.
Je me baisse rapidement faisant fi de la Vieille et de Big Mama, mais c’est trop tard, une main se referme déjà sur ma honte. Une main poilue et manucurée.
Je lève doucement les yeux… Un grand sourire, un regard qui veut en dire long. Il fait bien attention à ce que ses doigts frôlent les miens lorsque qu’il me rend l’objet. Je le fourre rapidement dans mon sac (l’objet !!) et j’essaye de me concentrer un maximum sur mon bouquin en priant pour que le pédé en face de moi parte avant moi. Ce qu’il fera.
Une fois chez mon homme, il rira au moins un bon quart d’heure avant de faire circuler la nouvelle.
Je maudirais ma mère de m’avoir acheter ce pot de vaseline pour lui avoir dit que la salive suffisait parfois.
Il ne m’aura fallu que deux années pour ne plus être étonné de voir quelqu’un dormir dehors. Lorsque je suis arrivé de ma petite bourgade, j’étais vraiment choqué de voir autant de SDF. Pas vraiment par leur présence mais plutôt par leur nombre.
Cela paraît logique, tristement, que leur nombre soit plus important dans une grande ville comme Lille mais cela ne cessait de m’étonner.
A chaque coin de rue, dans le métro, sur les quai.
Assis, debout, couchés.
Amorphe, suppliant, souriant.
Lorsque j’étais gamin, dans ma petite ville, il n’y en avait aucun si ce n’est le Vieux Monsieur.
Il était toujours au même endroit, à gauche de la pâtisserie. Et à chaque fois que j’entrais dans cette pâtisserie, et j’y entrais souvent croyez-moi, je lui achetais toujours un petit pain. Ou plutôt, je faisais acheter à ma mère un petit pain.
« C’est pour le Vieux Monsieur. »
Elle soupirait et demander un petit pain de plus, mais je savais bien qu’intérieurement elle était fier de moi et de l’éducation qu’elle m’apportait (car il fallait bien qu’elle en retire un quelconque honneur, ça sert aussi à ça d’être parent).
Je sortais de la pâtisserie où une bonne odeur de pain chaud flottait en me disant à chaque fois que le Vieux Monsieur choisissait vraiment mal sa place : je serais devenu fou à rester là sans manger avec cette odeur si alléchante. Je me suis vite convaincu qu’il restait là uniquement pour me voir.
Je lui donnai son petit pain et il me disait à chaque fois la même chose avec un grand sourire : « Merci, tchô.»
Il ne m’a jamais rien dit d’autre. Je ne lui parlais pas non plus, je lui tendais le petit pain, le regard fuyant, honteux d’avoir tant et lui si peu, et me fendais d’un sourire une fois son propre sourire présent sur son visage ridé.
Je devais avoir une dizaine d’années lorsqu’au journal régional de 19h un reportage montrait un trottoir tâché de sang. D’immenses tâches. Ce trottoir, je le connaissais bien, c’était celui juste en face de la pâtisserie.
« Un homme ivre à la sortie d’un bar tue un SDF à coup de pieds. »
J’ai pleuré. Qu’est-ce que j’ai pleuré !
Ma mère m’assurait que cela n’était pas lui, que le soir il ne dormait pas à cet endroit. Mais moi, je savais bien que le Vieux Monsieur était mort.
Le lendemain, le trottoir en face de la pâtisserie était tout propre et le Vieux Monsieur absent.
Je n’ai pas pleuré, je savais qu’il était mort, je m’étais fais à cette idée.
Ce matin, en prenant le métro, j'ai eu le loisir d'entendre brièvement la chanson interprétée par Hugues Aufray, "Céline".
Une fois entré dans la rame et compacté entre une mamie suintant la
naphtaline et un homme dégoulinant de sueur, un sourire nostalgique
naquit sur mes lèvres.
Je devais avoir onze ans. J'étais en classe de CM2, dans la classe de
Madame Sorin, celle qui avait du poils au menton. Nous faisions
occasionnellement des cours de musique lorsque nous n'étions pas en
retard sur le programme dit important, à savoir les mathématiques et le
français.
Et la chanson étudiée, était "Céline". Chanson qu'aucun d'entre nous ne
connaissait bien évidemment. Le texte nous paraissait obscur et la
compréhension en était des plus difficile ce qui se ressentait sur
notre interprétation selon notre professeur. Elle décida donc de nous
l'expliquer...
Madame Sorin : "Pourquoi Céline n'a-t-elle jamais pensé à se marier ?"
Silence.
Personne ne sait.
A part moi, bien sûr.
Tout fier, je lève la main. Et d'une voix enjouée, je réponds :
"Parce qu'elle est lesbienne".
Le teint de Madame Sorin devient livide. Un bruissement parcourt toute la classe : "C'est quoi une lesbienne ?"
Son teint finit par virer au rouge. Elle se lève, s'approche de moi, me
prends par le bras et me mets au coin tout en poussant des petits "Oh"
mi-horrifiée, mi-excédée.
Je ne comprends pas. Le reste de la classe non plus apparemment. Mais
inutile d'essayer de comprendre lorsque Madame Sorin est dans cet état
: la seule chose à faire, c'est baisser le plus possible la tête et
faire le moins de bruit possible pour qu'elle ne remarque pas que
trente gamins se foutent royalement de sa gueule. Fait qu'elle
finissait toujours par remarquer.
Madame Sorin : "Punition Générale".
Nous voilà bon encore une fois à passer notre soirée à recopier des pages et des pages du bescherelle.
16h30 : je peux quitter le coin et ranger mes affaires.
Mais Madame Sorin n'en a pas fini avec moi. Elle me fait signe
d'approcher de son immense bureau et me demande : "Matthieu, dis-moi,
c'est quoi une lesbienne ?".
J'hésite, je sais qu'elle n'apprécie pas ce mot : "Bah... C'est une moche..."
Son teint vire au rouge directement cette fois-ci et les petits "Oh" sont beaucoup plus stridents.
Je m'imagine déjà devoir passer la nuit au coin.
Elle me tend un papier sur lequel elle a griffonné quelque chose nerveusement. Ma mère est appelée à la voir le lendemain soir.
Jamais ma mère n'a été convoquée par un professeur. J'hésite à lui
remettre. Elle me demande le pourquoi de cette convocation. Je n'en ai
aucune idée. Et le pire c'est que c'était vrai.
Le lendemain, à 16h30, le face à face a lieu. J'assiste à la scène bien sagement sur une chaise.
Madame Sorin remets en cause, avec tout le tact dont elle peut faire
preuve (c'est-à-dire aucun), la méthode d'éducation employée par ma
mère.
Je vois les ongles de ma mère s'enfoncer dans son sac et ses phalanges
blanchirent. Un instant je la vois passer au dessus du bureau et taper
le visage de Madame Sorin avec la multitude de tampons présents sur son
bureau. Mais ce n'est que mon imagination ou un souhait refoulé. Qui
sait.
Ma mère garde son calme (pour combien de temps enconre ?) et lui demande une explication concernant cette remarque.
S'en suit un long fou rire maternel comme je les aime, accompagné des petits "Oh" choqués de Madame Sorin.
"Sachez que toutes les lesbiennes ne sont pas moches Madame B. Et
inculquer de telles idées à votre fils est une chose très néfaste".
Jamais il n'est venu à l'idée de Madame Sorin qu'un gamin de onze ans
ne savait peut-être pas ce qu'était réellement une lesbienne.
Ma mère mordu sur sa langue.
Une fois dehors, j'osai demander à ma mère ce qu'était une lesbienne.
"C'est ta prof, mais il y en a de beaucoup plus jolies".
Les lesbiennes n'étaient plus pour moi que des filles moches mais également de méchantes professeurs.
Des vacances au Japon et un été plus tard, me voici enfin parmi les grands : un terminal.
La dernière ligne droite.
A peine deux mois que les cours ont commencé et je suis amoureux d’un beau blond que mes lecteurs assidus connaissent tous : mon Mika.
Il m’a fait peur. Très peur. Il a quitté celui qu’il aimait qui était alors l’un de mes meilleurs amis pour moi. Et il a pris cette décision en une soirée alors que c’était la première fois qu’il me voyait. J’ai d’abord pensé que c’était à cause de l’alcool et que le lendemain il se rendrait compte de ce qu’il faisait, qu’il dirait que la bière était très forte et qu’il s’excuserait.
Mais non, même pas. Certainement parce que nous avons passé une nuit blanche à discuter. A comprendre qu’on était pareil. A 6h du matin il me roulait une pelle monumentale dans l’entrée d’un immeuble avant d’aller chercher les petits pains.
Alors qu’il sortait de sa voiture pour aller retirer de l’argent dans un distributeur, courant, sautillant, j’étais là, sur le siège passager à hésiter à rester assis ou ouvrir la portière et partir en courant.
Je suis resté. Et j’en suis heureux. Tellement heureux.
Un an et sept mois.
Des hauts. Des bas.
Mais des hauts toujours plus hauts.
On a commencé par se dire je t’aime beaucoup. Puis le beaucoup a disparu pour laisser place à je t’aime. Et je t’aime a été remplacé par toujours. Ce simple mot.
Envoyé par texto alors que je suis en cours et qu’il est au volant de sa voiture pour me rejoindre et passer quelques heures ensembles et revenir sur Lille.
Ecrit au dos d’une enveloppe et glissé sous la porte des toilettes.
Des heures passées enlacés l’un contre l’autre. Il m’a fait découvrir les vrais plaisirs.
Il est devenu tout pour moi. Irremplaçable.
Et j’ai peur aujourd’hui. Peur que tout s’arrête.
Voilà pourquoi j’ai passé cette après-midi à écrire.
Faire un bilan.
Je ne comptais pas publier ces écrits. Trop personnels. Je n’ai écris cela que pour moi-même. Mais quel intérêt d’écrire pour quelqu’un qui envisage d’être romancier si ses écrits ne sont pas lus. Seulement, ce n’est pas un roman. Ou alors un très mauvais.
Je suis allé si bas pour être aujourd’hui si haut. Et en grosse partie grâce à lui.
Il m’a aidé. Et je l’ai aidé aussi à ma manière.
On s’est supporté l’un l’autre et on s’est battu côté à côte.
Dans mon futur, je ne vois que lui. Il n’y a rien d’autre. C’est la seule chose dont je suis sûr.
Ca te fait peur, je sais.
Mais, je t’aime. Désolé.
L’une de mes amies me présenta son nouveau petit ami. Parisien. Dix-neuf ans. D’origine vietnamienne. Etudiant en fac de sport. J’étais content pour elle.
Au bout de quelques mois c’est le drame : la séparation plus ou moins explicite. Entre mes entraînements et le bahut je trouve le temps de consoler cette amie qui ne se remet pas.
Une semaine plus tard, c’est lui qui m’appelle.
Et là tout s’accélère.
Il dit m’aimait. Me présente à ses amis parisiens explicitement et à sa famille plus discrètement.
Tout va bien.
Je suis amoureux. Mes notes et mon physique sont satisfaisants grâce aux petites pilules.
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La première fois on ne l’oublie jamais. C’est vrai. C’était un soir en rentrant d’une fête. Tout se passe au ralenti. Comme dans un film. On ne comprend pas. On ne sait plus trop où l’on est ni ce qu’il se passe réellement. Tellement intense. Et douloureux.
J’ai vu son poing arriver. Puis cette douleur qui s’est répandu dans tout mon corps. Je perds l’équilibre et tombe à terre. Un liquide chaud coule le long de mon visage depuis mon front. Je ne comprends toujours pas. Ca continue. Je me débats. Je frappe moi aussi mais j’ai trop mal. Des années de taekwondo et rien ne sort. Si ce n’est les coups de pieds. Mais je me retiens. Je ne comprends toujours pas. Quand tout s’arrête, je me réfugie dans la salle de bain.
Une heure puis deux. Lorsque je sors mes pleurs sont remplacés par les siens.
Pardon. Excuse-moi. Tellement désolé. Je ne comprends pas.
Moi non plus, je ne comprends pas.
Je ne l’avais pas vraiment regardé ce garçon.
La seconde fois je m’en souviens. La troisième aussi. Après tout est mélangé.
J’apprends à me servir du fond de teint. En grande partie grâce à une fille du bahut. Une terminale. Il n’y avait que des miroirs dans les toilettes des garçons. Elle m’a vue en train d’étaler le fond de teint de ma mère. Elle m’a aidé. C’était pareil pour elle. On ne parlait pas vraiment. Un petit sourire dans la cour quand on se croisait. Je pense que c’était son père.
J’ai dû arrêter la natation. On me posait trop de questions sur les bleus. On ne peut pas tomber dans les escaliers toutes les semaines. Surtout lorsqu’on habite dans un immeuble au rez-de-chaussée. J’ai dû arrêter les pilules magiques aussi ne voyant plus mon fournisseur.
Notes en chute libre.
Insomnies.
J’étais complètement épuisé.
Je passai mon temps à manger, j’avais toujours faim. Et j’allais me faire vomir ensuite pour ne pas voir mon corps changer.
J’avais honte de ce que j’étais et de ce que je laissais faire. Tellement faible.
Ma mère s’est inquiétée. D’autant plus lorsque mes professeurs l’ont convoqué. J’ai parlé avec elle comme je n’avais jamais parlé. Une conversation d’adulte. En sortant de cet entretien avec les professeurs, sous un abribus nous protégeant de la pluie. Et elle a pleuré.
Alors j’ai tout arrêté.
Quelques mois plus tard j’apprenais qu’une fille de seize ans avec qui il avait couché était enceinte et qu’il allait être papa. Et j’étais content pour lui.
Les Terminales si cools et si enviés se révélèrent être pour la plupart des fils à papa qui allait sniffer dans les chiottes pendant les intercours et qui se refilaient la syphilis.
Je repris bien vite la place qui était la mienne.
Le second trimestre fut catastrophique. Le premier étant dédié à nous préparer au second toujours difficile fait que je ne jugeais pas important : les-profs-veulent-simplement-nous-faire-peur-c’est-tous-des-vieux-cons-j’ai-un-beau-cul-tout-le-monde-le-regarde-j’en-profite-les-cours-c’est-pour-les-tâcherons-anarchiiiiiiiiiiieeeeeee !
Chute des notes vertigineuses entraînant une mauvaise humeur hebdomadaire et une agressivité chronique :
Fille : Tu peux me prêter ta gomme steuplé ?
Moi : Nan.
Fille : Pourquoi ?
Moi : Parce que c’est MA gomme.
Fille : Allez, file-la moi !
Moi : Tu vois tes doigts ? Tu craches dessus et tu frottes ta feuille, ça te fera une gomme, connasse !!!!!!
Ou encore :
Prof de chimie : Mais vous êtes con ou quoi ?
Moi : Si je suis con, alors, vous, vous êtes la Reine des Connes.
Ce fut mon dernier jour de chimie. C’est pas avec mon deux de moyenne que j’aurai pu devenir médecin de toute façon.
C’est à cette période que je remarquai que mon père faisait de plus en plus de visite chez le médecin et c’est lorsque je trouvai le rapport du pneumologue et fouinant un peu que je compris.
Je me réfugiai alors dans ma chambre à bosser encore et toujours.
De cette manière j’obtins les félicitations du directeur pour mon entrée en première ES malgré les quelques difficultés rencontrées en cours d’année.
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Le premier semestre de mon année de première fut aussi élogieux. Plus l’état de mon père se dégradait et plus je passais de temps cloîtré dans ma chambre à bosser et lire.
Mais ça n’était pas assez, je passais encore trop de temps à la maison où je l’entendais tousser sans cesse jusqu’à en perdre le souffle.
Je décidai de me noyer dans le sport que j’aimais tant avant : la natation. Je n’avais pas les moyens pour payer un club étant donné les sommes que ma mère devait débourser pour avancer les soins hospitaliers de mon père. Je contactai donc mon ex-entraîneur. En bon samaritain, il m’accepta dans son club mais celui se trouvait à Valenciennes désormais. Je ne pouvais pas laisser passer l’occasion.
Quatre à cinq fois par semaine j’allais tout oublier à l’entraînement. La douleur physique et le dépassement ont toujours eu cet effet sur moi.
Seulement, je rentrai chez moi vers 23h parfois et il me restait mes devoirs à faire et mes cours à apprendre.
Je ne tenais plus au bout d’un mois et j’avais perdu beaucoup de poids y compris de la masse musculaire à force de sauter les repas alors que les autres nageurs qui avaient pour certains des horaires plus durs étaient tout pimpants avec des cous de taureaux. Solution miracle : amphétamines.
Ma mère pourtant si attentionnée ne remarqua rien trop crevée à bosser parfois 48h sans dormir pour payer les frais d’hôpitaux et les factures. Elle remarquait à peine l’argent qui disparaissait de son porte-monnaie.